5 mai, 2009

Qu’est ce que le dialogue

Classé dans : Philosophie en Tunisie — taharbenguiza @ 9:36

Qu’est ce que le dialogue ?
Le dialogue est un lien, c’est lieu « non spatial » de passage entre les éléments les plus opposés et les plus contradictoires. Sans quoi, il n’y a pas de dialogue. Janus (que Adam Fathi a mentionné dans ses remarques) est le Dieu de la transition et du passage de la paix à la guerre. Ou disons plutôt, pour ne pas mélanger les genres, une gestion de la guerre. Mais cette autre définition de paix, ne manque pas de tension. Un dialogue n’est réel que s’il comporte une tension, une volonté de gagner une position, de montrer la pertinence d’un point de vue. Il y a donc toujours un enjeu qui dynamise le dialogue, c’est-à-dire une problématique à élucider, une question à résoudre. Cela explique la raison pour laquelle nous donnons souvent aux mots non seulement un sens, mais un poids. Bien que la parole soit un renoncement à l’agressivité, elle comporte une certaine force (la force des arguments) et donc une certaine agressivité. Mais l’essentiel – et c’est ce que les partenaires d’un dialogue ne peuvent pas oublier- c’est que cette agressivité ne vient pas la personne qui parle mais de la force de son argument qui convainc. Il ya donc un bon affrontement, celui des idées, et un mauvais, celui des égos. L’ascendance doit donc revenir à l’idée. C’est peut-être là que la fonction éthique du dialogue pend tout son sens.
La grande injustice que subissent les pays du tiers ou du quart du monde (comme le dit mon ami Nja Mahdaoui) conduit en effet à se poser la question de l’existence réelle du dialogue, particulièrement entre les cultures.
En raison aussi de la grande violence banalisée par les mas médias, de l’occupation israélienne de la terre de Palestine, des deux guerres contre l’Irak, des deux guerres contre le Liban et de la grande frustration qui en découle, comment ose-t-on parler encore du dialogue des cultures et de la concorde entre les peuples. Ces peuples « marginalisés » vivent l’humiliation, l’extermination et l’injustice. Comment est-il possible alors d’établir un dialogue entre ces « faibles » et ceux qui les dominent ?
En réalité, aucun dialogue ne peut s’établir entre les forts et les faibles. Le dialogue ne peut pas s’établir entre des peuples qui ne se reconnaissent pas. Dans ce cas, il vaut mieux parler du choc des cultures. Ce choc est compréhensible dans la mesure où il constitue pour les uns un mode d’éveil et pour les autres un mode d’affirmation de soi. C’est le cas par exemple de l’expédition d’Egypte en 1789. Cette expédition colonialiste a été présenté comme une expédition humaniste qui vise la propagation du savoir, de la technique et du mode de vie occidental. Elle a constitué un véritable choc de cultures sans lequel l’Egypte, et peut aussi le monde arabe dans sa totalité, serait resté encore au moyen âge. Mais si le choc des cultures est compréhensible, cela veut-il dire qu’il est justifiable ?
La justification rend compte du bien fondé d’une action, elle prouve et atteste que telle ou telle action était nécessaire. Or, toutes les guerres ont eu recours à une justification. On a donc pu parler de guerre juste et de guerre injuste. Mais lorsqu’on y pense, la guerre n’apporte pas que des malheurs, elle peut être le support d’une prise de conscience, d’un dialogue avec soi-même qui cherche la raison de la défaite non pas seulement dans la force de l’autre mais dans la faiblesse de soi.
Toutefois, si les ennemis n’arrivent pas à dialoguer, c’est bien parce qu’ils n’arrivent pas à se respecter. Or, le dialogue en tant qu’échange, suppose la reconnaissance d’un partenaire à qui on adresse la parole, qu’on veut convaincre. En tant que tel, le dialogue est un renoncement au rapport conflictuel. C’est aussi un renoncement au solipsisme. En acceptant le dialogue, on accepte de sortir de soi-même, on renonce à la conviction de posséder la vérité absolue. Dialoguer revient à reconnaître la différence avec l’autre. Le partenaire du dialogue est là pour donner un point de vue différent. Si l’on accepte de dialoguer, c’est qu’on accepte de renoncer à ses propres opinions. On ne tient plus à ses opinions et à ses croyances, comme on tient à un rempart qui nous protège de l’opinion des autres, des convictions des autres, de leurs croyances.
Accepter de dialoguer, c’est accepter l’idée de consensus. C’est accepter le fait d’aboutir à un résultat différent de nos convictions et de nos opinions de départ. Dans ces conditions, on ne peut pas, à la fois, accepter de dialoguer et refuser de changer de point de vue. Accepter de dialoguer et se dire : l’autre ne peut pas avoir raison, je le connais, il ne m’aime pas, il est malhonnête et tout ce qu’il dit n’est que du ressentiment, du calcul !
Accepter de dialoguer, c’est se dire, en fin de compte, l’autre, le partenaire, c’est quelqu’un qui m’accepte, qui a envie de savoir en quoi j’ai raison, en quoi il se trompe sur mon compte. Dialoguer, c’est renoncer à se dire : je ne lui parlerai que s’il renonce à sa croyance, à sa fausse croyance ; c’est renoncer à se dire : je ne lui parlerai que s’il devient comme moi, que s’il adopte ma vérité qui est La Vérité, puisque c’est une vérité qui ne dépend pas de moi mais de Dieu. Souvent, ce point de vue a été celui des arabes et des musulmans. Dans ce sens, il me semble qu’il y en a deux. Le point de vue de celui qui croit posséder la vérité et le point de vue de celui qui a compris qu’il développe une position qui peut être aussi valable que celle des autres ou peut être moins importante que celle des autres.
Le dialogue répond donc à une préoccupation éthique, celle de la recherche de la vérité que nous pouvons partager, une vérité qui nous lie. L’éthique du dialogue nous contraint au respect de l’autre. Respect qui se manifeste par l’écoute des arguments que l’autre oppose à notre point de vue. La critique, dans ce cas, cherche d’abord à découvrir la pertinence de ce qui nous encombre dans la position que nous refusons. Si l’on arrive à trouver ce qu’il y a de pertinent dans l’impertinence de l’autre, alors, à ce moment-là, nous pouvons dire que nous avons fait un long chemin dans l’exploration de nous-mêmes et des autres.

Merci pour la question pertinente et problématique. Pour répondre à la question : « quel est le point de vue de l’homme arabe? » il me semble nécessaire de savoir ce qu’est d’abord l’homme arabe. Pour la plupart des gens cette identité «homme arabe» est une donnée évidente qu ne pose aucun problème. Or, comme vous le savez, en philosophie, ce sont les évidences qui posent problème. Très peu d’écrits ont posés le problème du « nous ». Fathi Meskini a été l’un des rares à traiter le problème dans un ouvrage en arabe intitulé « L’identité et le temps, méditations sur la question du « nous » ». Je ne dis pas que la question de l’identité n’est pas un sujet de réflexion pour les intellectuels arabes mais je crois qu’elle est souvent posée à travers des termes qui consacrent la croyance commune en la supériorité naturelle de l’homme arabe.
On tente de sauvegarder une authenticité supposé à travers une opposition à l’autre. Rares sont ceux qui considèrent que nous n’avons qu’un simple point de vue ….(Et voilà je suis parti pour un autre article… Votre question n’est pas tombée sur l’oreille d’un sourd. En réalité, c’est pour tenter de répondre à votre question que j’ai écrit ce texte.)

Larme de Rêve |
CREATION Thi_Hanh |
fgaulierpeintures |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | benoit-basset
| Artistes du Finistère / Les...
| Bandiniland